Management "La fin des terminators" par Claude Emannuel Triomphe
Par Jean-Louis le mois de février 2010, - Innover en management - Lien permanent
Avez-vous vu Georges Clooney dans « In the Air » où il joue le rôle d'un « agent de transition professionnelle » (yes !)... A ses côtés, le plus grand rôle est celui de... l'avion où le film suggère un management vu du ciel avec ces villes et ces entreprises où l'on est parachuté. Pour ne rien dire de la terminologie car à force de pratiquer les terminations - l'équivalent américain de licenciement - on devient un Terminator ! Manager - qui au passage vient du français manège - ne se résume évidement pas à jouer les terminators ! Mais restructurer s'impose désormais comme une tâche récurrente du management. Coïncidence, la Cour des Comptes française critique durement le système des cellules de reclassement pour son inefficacité : lisez le rapport, nous y reviendrons en cours d'année.
Revenons donc en France. Selon la dernièreétude réalisée fin 2009par la Sofres pour le cabinet Altedia seuls 42,7 % de salariés du privé - et à peine 30% des fonctionnaires - déclarent avoir confiance dans les dirigeants de leur entreprise ou de leur administration. En outre, une autre étude menée par Ernst and Young indiquait que l'intégrité des dirigeants était plus largement mise en cause en France que dans le reste de l'Europe : seuls 12% des salariés français pensent que leurs dirigeants font toujours preuve d'un niveau élevé d'intégrité. On notera aussi que si la crise a aggravé la confiance déjà faible des Français envers leurs dirigeants et envers l'entrepise, elle l'a plutôt améliorée en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.
Pourquoi - à l'exception très notable des petites entreprises - une telle rupture de la confiance entre les salariés et leurs dirigeants ? Est-ce du à l'incompréhension face aux orientations stratégiques de leurs entreprises ? Cette crise est encore plus sévère dans le secteur public, où s'applique de façon aveugle une révision générale des politiques publiques élaborée et mise en œuvre en contradiction à peu près complète avec tous les principes de gestion responsable du changement que l'Etat continue à prôner dans le privé ? Faut-il aller jusqu'à parler comme le fait Pierre Gojat, de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées de France Telecom-Orange de maltraitance managériale ?
Plusieurs contributions dans notre dossier s'y attèlent. La France est-elle victime de son système monarchique et hiérarchique dépassé, d'un modèle « militaire » dont l'armée se serait d'ailleurs éloignée et qui tendrait à dépersonnaliser le travail et à priver les salariés de leur « quant à soi » comme nous le dit Frédéric Mispelblom-Beyer ou comme d'une manière beaucoup plus drôle le met en scène Michel Audiard dans notre video du mois ? Le management se serait-il réduit à ne plus penser l'entreprise qu'en termes de marché comme le suggère Jean-Claude Dupuis ? Sommes-nous dans une crise politique et morale du capitalisme où les pratiques de pouvoir - mais aussi de contre -pouvoir - seraient trop en rupture avec les finalités d'émancipation de l'individu comme se risque à le penser Henri Vacquin dans sa critique des postulats ultra libéraux ?
Quid de ces encadrants qui n'ont plus idée de ce qu'ils encadrent, de ce sur-reporting, de cette sur-gestion qui voulant tout appréhender dans l'instant serait contraire au véritable management, celui qui donne du sens et ne se conçoit que dans la durée ? Il y a de cela dans la thèse de Xavier Baron qui se plaît à rêver de réenchanter l'entreprise par le management... Peut-être faut-il regarder aussi les choses par des gestes de base ? A condition évidement que l'on ne pense pas se débarrasser de la question par un sourire et un bonjour le matin pour introduire plus de zénitude et de bravitude au travail ! Eve Chiapello nous propose de revenir non seulement sur les éléments qui caractérisent les organisations du travail contemporaines, mais aussi sur l'enseignement du management et les révisions en profondeur auxquelles les écoles de toutes sortes devraient s'attaquer !
La pratique du mentoring au Royaume-Uni semble positive et plus substantielle que le fameux tutorat. Côté secteur public, tout espoir n'est pas perdu pour Brigitte Rorive qui travaille dans les hôpitaux (de Genève, mais lisez ce qu'elle écrit et ça pourrait se passer dans bien des endroits en Europe !). Dans un précédent article elle nous avait montré combien le client était au centre du travail Aujourd'hui elle est convaincue que l'on peut allier meilleure qualité des soins, prise en compte du patient et réduction des coûts... On voudrait y croire... Comme on aimerait suivre le raisonnement de Rodolphe Christin sur l'intégration des handicapés comme signe de la performance organisationnelle. Le débat est loin d'être clos et les angles sont multiples.
Réformer la finance d'urgence et repenser la "fluidité" de l'emploi
Ceci dit, si débat il y a sur le diagnostic, débat il doit y avoir sur les réponses et les sorties de crise ! Envisager le management autrement, corriger les trop nombreux dérapages de ces dernières années, n'ira pas de soi. Le débat sur l'emprise, et donc la réforme de la finance, est à cet égard crucial. En Europe, mais aussi et surtout aux USA, les réformes esquissées dans ce domaine pourraient - et devraient - être d'ampleur ! Sans desserrement de ces contraintes - ne parlons pas de celles de la dette avec tout le poids qu'elle va faire peser durablement sur nos choix publics et privés, collectifs et individels - les marges de manoeuvre risquent d'être ténues. Il nous faut penser les multiples interactions de la finance au travail en passant par la gouvernance des entreprises et une certaine forme d'entreprisation du monde, y compris quand celle-ci se veut humaniste en se proclamant socialement responsable. A la liquidité des marchés financiers correspond la fluidité de l'emploi et des marchés du travail, dont les limites ont été révélées par la crise des conditions de travail qui sévit un peu partout dans le monde industriel.
Pour autant, revenir à la situation passée - qui était loin d'être glorieuse - relève de l'illusion: il convient aujourd'hui de concevoir le management de l'après-crise, de l'après- mondialisation et d'imaginer, d'expérimenter ce qui pourrait être un nouveau compromis économique, social et environnemental. Le pari sur une compétitivité-qualité - alors que de fait nous nous sommes engouffrés, plus en France qu'en Allemagne par exemple dans une compétitivité-coût - en fait partie selon les thèses de Benjamin Coriat (sur lesquelles nous reviendrons prochainement). Le retour à des gestes de base: l'écoute, la proximité - bref un retour à l'humain - ferait aussi partie d'un nouveau printemps du management auxquels rêvent certains... Sans parler de tout ce qui se passe du côté du "co": co-opération, co-réalisation voire co-détermination et j'en passe. Mais de quoi s'empareront les citoyens, les forces sociales et économiques, sans parler des politiques ?
Metis accompagnera cette réflexion au long cours, initiée entre autres par l'association Astrees en partenarait avec Réalités du Dialogue social, et qui se développera dans nos prochaines éditions. Au passage, nous vous invitons à y contribuer par des témoignages ou par des analyses : écrivez-nous !
Si ces grands sujets vous ennuient, allez voir un film belge ! Le dernier, la merditude des choses, un joli film flamand qui côté humour peut rivaliser avec les Frères Dardenne (bon, pardon à nos lecteurs outre-Quiévrain qui vont tous s'unir pour m'en vouloir !). Mais si vous préférez rire, jetez un coup d'œil sur ce que fait la troupe de clowns russes Licedei.

Commentaires
A mon avis, le style de management en France est plutôt organisé d'une manière hiérarchique. Cela crée un décalage énorme entre direction et collaborateur, tandis que le management transversal part à la base d'une certaine égalité entre hommes ce qui augmente le statut du collaborateur. Il se sent mieux accepté et intégré et assume davantage de responsabilité envers l'entreprise.
Les deux types de management existent. L'organisation hiérarchique est représentative de l'autorité propre à toute organisation humaine. Il y a des univers professionnels ou ce type de management est nécessaire. Rien n'empêche cependant le détenteur de cette autorité (le manager) d'inverser la vision de "supérieur" qu'il a de sa fonction et de se positionner comme étant une ressource au service de ses collaborateurs. Le management transversal est un management de relation non hiérarchique qui ne peut se substituer au management hiérarchique. Le risque, si ce management est le seul en vigueur est d'avoir des organisations matricielles ou le management n'existe plus et ou seule l'exigence est formulée. Dans ce cas, l'individu a certes plus de responsabilités, mais ne bénéficie pas d'un management lui permettant de recevoir reconnaissance et motivation. La reconnaissance est un besoin Humain (Cf Maslow) beaucoup la demandent, peu l'accordent. N'oublions pas que la performance est la somme des compétences, de la motivation et de l'envie. 3 ingrédients qui sont à construire par "Le manager"