Ou en sont les dogmes ?
Par Jean-Louis le mois de novembre 2008, - Actualités - Lien permanent
Si ce que l’on a appelé les lumières du 18ème siècle ont eu comme effet d’éclairer les consciences, force est de constater que celles-ci sont en train de régresser. Notre société croit s’épanouir en cédant aux sirènes de la consommation et devient de ce fait de plus en plus dépendante vis-à-vis de ses besoins d’avoir. L’avoir et le désir qu’il induit priment plus que jamais dans les aspirations occidentales, l’idée même d’une décroissance économique et la peur généralisée qu’elle entraine en sont un vivant exemple. Il y a quelques mois je traitais sur Agoravox et sur un ton humoristique de l’irruption prochaine d’une probable décroissance. Ca y est, on y est !
Peut-on aborder la situation actuelle en imaginant qu’il ne s’agit que d’une crise parmi tant d’autres ? Est-on comme certains l’annoncent en train de changer de société. ?. Le désir de consommer, d’avoir, de posséder va-t-il continuer à être le moteur de l’activité économique, ou l’individu est-il en train de modifier son rapport à la consommation ? Est-il si déraisonnable de s’imaginer que le consommateur serait entré dans une phase privilégiant dans ses comportements, l’essentiel au superflu ? Serait-on en train d’entrer dans une phase de conscientisation des comportements d’achats pouvant amener à terme à une décroissance maitrisée ? Personne ne peut répondre à ces questions, mais ne pas se les poser serait une forme de politique de l’autruche. Si, au contraire, les comportements du consommateur s’avéraient être entrés dans une phase de changement, nous serions en train d’assister en direct à un affaiblissement des dogmes, à commencer par celui qui consiste à s’imaginer qu’il ne peut y avoir de société pérenne sans croissance économique forte. La vision d’une croissance obligatoire forte et soutenue relève t-elle d’une approche rationnelle et pragmatique, où d’une vison dogmatique ? Où en sommes-nous en 2008 dans toutes les formes de dogmes ?
Le dogme religieux Chrétien et principalement Catholique Romain qui a prévalu jusqu’à la fin du 19ème siècle s’est vu remplacer par les dogmes politiques. Toutes les formes politiques ont été visitées, explorées, appliquées et parfois dénaturées durant le 20ème siècle : Socialisme, Capitalisme, Libéralisme, Centrisme, Environnementalisme, nationalisme, fascisme… L’affaiblissement des dogmatismes politiques a commencé au milieu des années 1980. L’absentéisme électoral en était un indicateur. Mais rien ne s’est substitué à ces dogmatismes, laissant ainsi place à un grand vide de pensée. Une chose est sure, ce ne sont pas les dogmes, religieux ou politiques, qui permettront de répondre à la crise actuelle. Ce ne sont pas eux non plus, qui permettront d’élever le niveau de conscience. Pourtant, pour ce qui concerne les dogmes politiques, on semble assister depuis quelques mois à une certaine déstructuration de la pensée politique, comme si l’immense espoir de 2007 (Les 84% de participation) avait laissé place à une certaine amertume. « Entendez-vous dans les campagnes mugir ces féroces désespoirs ? » « Aux larmes, citoyens » semble être le nouvel hymne.
La nouvelle mode politique se tournerait elle vers le pragmatisme ? Les militants socialistes viennent d’élire une nouvelle 1ère secrétaire. Verra-t-on dans les prochains mois des propositions pragmatiques permettant de relancer le débat politique. L’absence d’opposition n’est jamais saine pour une démocratie. Quel est aujourd’hui l’état des partis en France : Un PS sans programme ; un PC qui n’est plus que l’ombre de lui-même ; un FN qui s’écroule (On ne va pas s’en plaindre), mais ne nous leurrons pas l’extrême droite Française a toujours fait partie du paysage politique ; Des Verts qui palissent ; Un MODEM qui n’a pas encore l’ADSL ; Une UMP dans laquelle les composantes (Gaullistes, libéraux et centristes…) tentent de vivre ensemble et d’exister. Le refuge politique des dogmatismes serait il en voie d’extinction ? Quand Bertrand Delanoë prône les vertus du libéralisme, est-on toujours dans le dogme socialiste, dans une approche socio démocrate ou dans une approche politicienne. Quand Ségolène Royal fait les yeux doux à François Bayrou est-ce une manœuvre ou la vision d’une nouvelle société. Et quand notre Président adopte des mesures qui seraient perçus dans le monde économique comme concurrence déloyale, est on toujours dans une pensée de droite ou dans une approche pragmatique des situations ?
Si les dogmes disparaissaient, l’on ne pourrait que s’en réjouir mais que resterait-il comme forme de pensée ? Le niveau de conscience de l’individu est-il suffisamment développé pour lui permettre d’affronter une société qui offrirait plus d’ouvertures au questionnement que de réponses.
Quels sont les nouveaux vecteurs de pensée, si l’on accepte de ne plus raisonner de manière dogmatique, si l’on accepte d’approfondir les raisonnements plutôt que de se contenter de l’aspect superficiel des choses.
Où est la notion de conscience dans ce monde de prêt à penser qui fait jacasser l’Homme sur tous les sujets, l’amenant à privilégier les réponses toutes faites, aux réflexions, questionnements et interrogations introspectives qui seules, pourraient lui permettre d’élever son niveau de conscience ?
Ou est la notion de conscience quand l’individu se contente à partir.des informations qu’il reçoit (souvent par le biais des médias) d’exprimer, non pas le fond de sa pensée, mais la superficielle interprétation qu’il en a entendu ou faîte ?
Ou est la notion de conscience dans la montée des individualismes qui amènent l’individu à s’imaginer qu’il n’a pas besoin des autres pour vivre, oubliant ainsi son origine grégaire ?
Agit-il dans ces situations en conscience ou de manière non consciente ? « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » disait Wittgenstein. «Penses par toi-même « disait Kant au siècle des lumières. Les lumières ont-elles la même intensité aujourd’hui qu’hier ?
L’homo sapiens occidental du 21ème siècle semble plus, dans sa vie quotidienne, continuer à privilégier les réponses et les certitudes qu’à utiliser la partie intelligente de son cerveau. Imaginons les progrès que l’homme ferait s’il utilisait ces capacités cognitives, non émotionnelles, pour se découvrir avec la même intensité que celles qu’il a utilisées pour accomplir ces 130 dernières années toutes les découvertes, industrielles, économiques, médicales, technologiques, culturelles… Imaginons les progrès que ferait l’humanité si l’on consacrait autant de moyens et d’énergie à élever le niveau de conscience qu’on en a consacré à toutes les découvertes du 20ème siècle. Imaginons les progrès que l’Homme ferait s’il cessait de se laisser bercer par le son des dogmes pour privilégier la réflexion et le questionnement à la réponse.
Doit-on réinventer le siècle des lumières pour y parvenir ?
Etre en conscience, c’est comprendre et découvrir que l’Homme n’est que partie d’un tout indissociable. N’est ce pas parce qu’au fil du temps, l’Homme s’est éparpillé, grisé au son des sirènes des dogmes, qu’ils soient religieux ou politique, qu’il en a oublié sa quête de la vérité. L’Homme ne pourra véritablement se réconcilier avec lui-même que dès lors qu’il aura compris, que le verbe être prime sur le verbe avoir et que l’avoir, se doit de rester au service de l’être et non l’inverse, comme trop souvent, notre société nous le démontre. L’élévation du niveau de conscience de chaque individu serait de nature à assurer un progrès qui réconcilierait potentiel économique et potentiel humain. Alors à quand un Grenelle de la conscience ?

Commentaires
Bonsoir JLR,
En lisant votre article, au bout de deux ou trois paragraphes, j'en arrivais à la même conclusion que vous, oui, notre devoir de réinventer le siècle des Lumières...
Le vrai problème de notre humanité est sans doute cette volonté puissante d'un système au départ créé pour l'homme et auquel l'homme a été assujetti, voire asservi. Que dire d'une société qui spécule au départ sur l'argent, sur les matières premières, pour en arriver à spéculer sur les denrées alimentaires quitte à affâmer un cinquième de l'humanité ?
Que dire de ces dogmes prétendument laïques qui ont ligoté ce qu'il y a de meilleur dans la spiritualité pour ne garder que des croyances sans contrition aucune ?
Que dire d'un système qui broye l'individu dans la moindre parcelle de sa force, de ce système en faillite dont on nous vantait jusqu'à récemment les vertus ?
Ces dogmes faussement politiques et éminemment matériels légifèrent sur tout, cassant la famille, ficelant l'humain dans les cordes toutes puissantes de la consommation, anihilant sa réflexion, son analyse. L'individu n'est plus humain il est consommateur, tant il est empêtré dans un confort somme toute éphémère et dérisoire.
Notre société a produit une marchandise nouvelle : l'homme du XXIe siècle, lui-même produit de nombreuses dérives, de multiples ratages et essais de toutes sortes. Et nous voilà ballotés loin des rives de la liberté, de l'intelligence vraie, de la spiritualité profonde.
La tempête dans laquelle nous venons brutalement d'entrer a commencé voilà près de vingt ans.
Quant aux fameuses trente glorieuses, elles n'ont duré en réalité qu'à peine 15 ans - des années 60 à 1973 - !Notre système de retraites témoigne d'une non-gestion dès sa mise en place. Comment permettre l'équité d'un système basé sur la contribution de 7 personnes travaillant pour financer une seule retraite ? Les éminences noires qui ont mis en place ces paramètres de gestion pensaient-ils que la France compterait en 2020 200 millions d'habitants pour que cette équation soit pérenne ?
Cessons l'immédiateté de la parole, celle qui va plus vite que la réflexion. Notre époque est celle, nos pays sont ceux où l'on dégaine les mots sans qu'ils soient pour autant passés par la case cerveau, tout simplement parce-que l'image a tué la profondeur : l'image par sa rapidité et sa fulgurance devient irréfutable, indécente, voyeuse, intrusive. L'image par les médias immédiats a écrasé l'observation, anéanti le recul. On globalise les situations, on hiérarchise les actions, on caste les autres. Le règne de l'apparence et du clinquant a assis la notoriété du vide. On interroge des footballeurs ou des chanteurs sur des sujets sérieux, voire graves...et l'on érige des points de vue panoramiques en modèles de conformité.
Tant de gâchis agace et suggère que la seule issue à la médiocrité de ce monde superficiel qui s'écroule serait de revenir à des valeurs éternelles : l'humanisme.
Comme vous le dites si justement, Monsieur, "être en conscience", approndir la réflexion, le raisonnement nous sera forcément salutaire. J'ajouterais à l'humanisme d'une gestion intergénérationnelle de notre société un paramètre fondamental, une volonté puissante d'action de notre cadre environnemental. Il ne s'agit pas seulement d'utopie : cultivons la paix et l'harmonie.
Bien à vous,
DL
Très belle analyse et commentaires de DALILA !
qui a bien travaillé son texte et a certainement raison sur pas mal de points d'actualités !
De la révolution Anglaise a la révolution française ce siècle des lumières définit métaphoriquement le mouvement culturel et philosophique qui a dominé, en Europe et particulièrement en France, le XVIIIe siècle auquel il a donné, par extension, son nom de siècle des Lumières. Ils ont marqué le domaine des idées et de la littérature par leurs remises en question fondées sur la « raison éclairée » de l’être humain et sur l’idée de liberté. Par leurs engagements contre les oppressions religieuses, morales et politiques, les membres de ce mouvement, qui se voyaient comme une élite avancée œuvrant pour un progrès du monde, combattant l’irrationnel, l'arbitraire et la superstition des siècles passés, ont procédé au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. L’influence de leurs écrits a été déterminante dans les grands évènements de la fin du XVIIIe siècle que sont la Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique et la Révolution française »
Personnellement et contrairement a la mode actuelle où dans les débats ou les soirées mondaines il est l'usage d'en glisser quelques mots ....
je ne comparerai en rien notre nouveau siècle avec ce siècle là ! car il n'ont aucunes ressemblances !
A l'époque le peuple des petits avaient tout à gagner aujourd'hui le petit peuple est entrain de tout perdre !
Mais ma réflexions n'est certainement pas dans le vent !
Richard CANAC.
Bonsoir à tous,
En lisant vos lignes j'ai cru un instant que la fin du monde était proche. .. Je ne vais pas me présenter en optimiste à outrance, mais plutôt en lien avec le syndrome de Stockdale : j'ai foi en une sortie heureuse et je conserve un réalisme suffisant pour ne pas le fixer dans le temps. Je vois surtout aujourd'hui un marketing de la crise qui par la voix des médias alourdit la morosité ambiante.
Comme vous je crois que la sauvegarde de l'Homme viendra du fruit d'une prise de conscience sur sa réalité : arrêter de chercher le bonheur principalement lié à la matérialité, et se mettre en quête de la paix.
Je pense que nous sommes dans un système, qui faute de projet collectif, s'essouffle et se désaligne de ses valeurs. Un système en phase de maturité, comme le dirait mes collègues consultants, un système où le ratio droit/devoir s'est inversé, et où l'absence de valeurs d'être s'est vu supplantée par des valeurs d'avoir, sis JLR. Il est donc temps de construire le projet qui apportera un souffle d'énergie, identique à celui d'une phase pionnière, et ce projet ne peut être construit sur la menace ou la peur mais sur le rêve.
Je sais qu'il peut paraitre incongru de parler de rêve aujourd'hui, mais le siècle des lumières n'était-il pas un siècle de rêves ?
Mais il nous faut construire un projet cohérent, remettre en alignement vision, valeurs et actions, et cela ne peut se faire de façon dissociée.
J'ai foi en l'avenir car nous le portons et en sommes les acteurs. Walt Disney aurait dit "Pour réaliser une chose vraiment extraordinaire, commencez par la rêver".
Je pense que notre rôle quotidien est de redonner espoir aux gens, aux managers, aux collaborateurs, de les remettre en énergie et de leur redonner confiance en leur capacité à faire de grandes choses, autres que superficielles. Chaque jour, je tends à pousser les gens hors de leurs raisonnements classiques, ouvrir le prisme.
Le dogme du 21è siècle, doit être celui de l'Homme et si l'homme est un loup pour l'homme, l'homme est également un dieu pour l'homme. La manière dont chacun d'entre vous accompagne localement des individus contribue aujourd'hui à favoriser sa résilience demain.
encore une fois je ne suis pas un idéaliste mais jamais je ne perdrai espoir dans ce que nous savons faire le mieux : rêver et écrire de belles pages d'histoire...
Merci à vous tous pour vos commentaires. Merci Éric pour ton intervention. Puisse le 21ème siècle ne pas être un siècle de dogmes, ni pour l'Homme ni pour qui ou quoi que ce soit, mais un siècle de réconciliation de l'Homme avec lui même et avec son environnement. Au delà du Mktg de la crise, s'il y a raison d'espérer, il y aussi raison à être vigilant et à veiller à ce que l'avoir soit au service de l'Homme et non l'inverse, car ce ne serait pas un rêve qui s'écrirait mais un cauchemar. Ce monde dont nous parlons comprend plus de 6 milliards d'êtres d'humains. Combien rêvent aujourd'hui ? La terre est plate, les populations se déplacent, le temps s'est accéléré, la confiance n'empêche pas la vigilance. Amitiés à toi
Bonjour, et pour faire court, et donc imparfait :
La perte des valeurs, pour moi, c'est comme si sur la route, nous avions le droit de rouler à droite, ou à gauche, selon notre l’humeur du jour. Parlez ensuite de la sécurité routière.
Dans toute sociétés il faut des bases, des fondements, et leur suppression n'est pas sans risques.
Et pour la société, le chef qui avant était le plus fort physiquement est maintenant celui qui a reçu le plus de voix grâce à des campagnes publicitaires appuyées sur les réseaux les plus puissants, les plus pervertis par les plus puissants, par le pouvoir et l'argent. Est ce toujours aussi démocratique ?
Ces propos non constructifs sont une phase d'anti-positivisme avancée ;-). J’essayerais de faire mieux la prochaine fois, face à un cas plus concret …
On peut aussi relire un manifeste de Théodore Jouffroy, paru dans "Le Globe" en 1825, et qui, appelait déjà à un renouvellement des dogmes.
Analyse trés structurée appelée "Comment les dogmes finissent".
Le point de départ de la mort lente des dogmes , et de l'émergence de nouveaux, c'est ...le scepticisme.
http://gillesmartin.blogs.com/zone_...
La question aujourd'hui est double :
- sommes nous suffisamment dans le scepticisme ?
- sommes nous capables d'avoir de nouvelles idées ?
On peut encore être "sceptiques" sur ces deux questions quand on écoute le niveau du débat politique...