Stress et suicides au travail
Par Jean-Louis le mois de février 2008, - Stress et travail - Lien permanent
Après Renault, La Poste et la Police nationale, les suicides sur les lieux de travail se développent dans la morosité ambiante d’un grand nombre d’entreprise et d’organisations professionnelles et dans un quasi-anonymat. L’année dernière, Christian Larose, vice-président du Conseil économique et social, et membre de la CGT indiquait à L’Express qu’une personne par jour se donnait la mort pour des raisons liées aux mauvaises conditions de travail. Les chiffres avancés vont de l’ordre de 3 à 400 suicides par an. Causes personnelles, causes professionnelles ? Qu’est-ce qui peut pousser un individu à mettre fin à ses jours sur son lieu de travail ? Le suicide sur le lieu de travail n’est pas une nouveauté, mais plus le nombre augmente, plus il se banalise. Selon Bernard Salengro de la CFR-CGC, le coût du stress pour la société serait de l’ordre de 50 milliards d’euros par an.
Les théories avancées mettent en avant une intensification du stress liée à l’accroissement de l’exigence. Exigence des actionnaires, des patrons, des managers, des clients... Jusqu’où devra aller cette exigence, combien de personnes, de vies, faudra-t-il sacrifier pour comprendre que la pression d’enjeu du toujours plus ne crée pas d’économie durable. Pour être performant au travail, un individu a besoin de croire en ce qu’il fait. Il a aussi besoin de croire en ce qu’il est. Il a besoin de trouver du sens à son action. Il a besoin d’être motivé. C’est d’ailleurs l’une des questions que pose tout recruteur qui se respecte. "Quel est votre motivation ?" Il n’y a pas de motivation dans le stress. Le stress au travail est relié à la démotivation. Le stress au travail est directement lié au management, et nombre de managers n’exercent plus ou n’ont plus les moyens d’exercer leur métier. Faut-il les blâmer ? Comment concilier l’hyper-exigence à tous les niveaux quand on sait que dans nombre d’entreprises le leitmotiv est « Faites plus, plus vite et avec les mêmes, voire avec moins de moyens ». Comment concilier les faramineux résultats des entreprises du CAC avec le quasi-gel des salaires depuis plus de cinq ans. La littérature et la presse regorgent de chiffres et d’analyses qui déplorent cet état de fait. Quoi qu’il en soit, si aucune prise de conscience collective ne s’effectue, si les entreprises restent dans la théorie du toujours plus et continuent sur la même lancée, il y a fort à parier que le coût social lié à l’augmentation des maladies professionnelles sera phénoménal. Il avoisine aujourd’hui les 2 % du PIB. Qui paiera ?
Les seuls critères décisifs et durables de la compétitivité des entreprises sont de s’attaquer avec urgence au stress, de travailler sur la motivation des salariés, de réduire la pression d’enjeu, de diminuer les exigences en accroissant la reconnaissance auprès de tous les salariés de l’entreprise. Tous les acteurs de l’entreprise doivent s’engager à construire du sens, à réhabiliter la notion de plaisir au travail. Sauf à vouloir nuire à l’intérêt même de l’enjeu capitalistique. Les entreprises qui continuent à penser que la pression d’enjeu toujours croissante est de nature à favoriser l’expansion se livrent au même geste que leurs salariés désespérés. Une sorte de suicide économique.

Commentaires
Chacun a ses fragilités. Il faut cesser de penser l'organisation du travail pour des êtres humains idéaux qui n'existent pas. C'est vrai qu'en général, le salarié qui se suicide a des difficultés personnelles. Mais expliquer ainsi son geste, comme le font les directions, c'est s'appuyer sur l'idée d'une coupure entre vie personnelle et vie au travail. Or, sur le plan psychique, elle n'existe pas. Quand quelqu'un souffre au travail, cela vient dégrader sa vie personnelle. Les syndicats réclament l'ouverture de négociations globales sur les conditions de travail et demandent que la question des suicides soit inscrite à l'ordre du jour de la réunion du comité national d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, prévue le 10 septembre.
Je travaille dans une grande entreprise, on m'a modifié unilatéralement mes horaires de travail, depuis 2 ans je me bats pour expliquer que celà me génère de soucis personnels qui me tourmentent et on me menace de rupture de mon contrat de travail si je n'accepte pas en plus j'ai été mutée sur une plate forme téléphonique et c'est quelque chose que je vis très très mal le bruit incessant est insuportable, lundi on m'a convoqué pour VERIFIER mon état mental cat j'aurais menacé d'exterminer mes collègues avec un fusil ... ceci est marqué dans mon dossier parcequ'une phrase que j'ai prononcée a été déformée ! J'ai été voir toutes mes collègues les unes après les autres sur 35, seules 3 m'on entendues dire une phrase qui n'a rien à voir avec ce que j'ai dis mais ma chef a écrit à une grande RH qui a écrit au service médical que j'avais menacé de venir au travail pour exterminer mes collègues .... je suis dépassée par cette situation je n'ai aucune confiance en les syndicats qui risqueraient de médiatiser mon affaire et de m'abandonner ensuite comme ils le font régulièrement j'ai pensé au suicide plusieurs fois depuis 2 ans mais heureusement j'ai une petite fille et elle me raccroche à la vie, je comprends ceux qui en arrivent là car à un moment donné on est en colère et on se dis que ce n'est pas à nous de démissionner parceque nos clients nous aiment et que le travail que l'ont faisait était bon mais malheureusement aujourd'hui on ne vous le demande plus : on vous demande de la productivité 7 appels à l'heure en moyenne et de vendre des "services" payants ... je ne veux pas démissionner et pourtant je ne peux plus travailler pour des gens qui me prennent pour ce que je ne suis pas et osent écrire sur des messageries que j'ai menacé de venir au travail avec une carabine ............
Bonjour Albanne
Votre message m'a m'ému par la souffrance qu'il en ressort. Oui nous sommes dans une société qui sous bien des aspects semble et parfois même est cruelle. Ne restez pas seul dans la traversée de cette épreuve, qui n'est qu'une épreuve ! Je ne peux que vous encourager à voir le médecin du travail et/ou votre médecin traitant. Ne serait-ce que pour que lui même vous rassure sur votre santé mentale, dont semble douter votre hiérarchie. N'hésitez pas à demander à votre médecin traitant un certificat de bonne santé mentale ne serait-ce qu'a fin de le fournir à ceux qui en doutent. Je ne peux également que vous conseiller de vous faire assister par un juriste du travail (En fonction de vos revenus, vous pouvez solliciter l'aide judiciaire auprès de votre mairie.) Il n'est pas impossible que votre hiérarchie cherche à monter un dossier contre vous. Préparer votre défense juridique au cas ou !
Vous pouvez aussi envisager (même si cela peut vous sembler représenter une aventure) de chercher une autre activité qui vous correspondrait mieux, et ce en parallèle de l'exercice de votre travail actuel.
Et surtout n'oubliez pas que la vie professionnelle n'est qu'un aspect de la vie. Vous le dites vous même, il y a un autre aspect de la vie qui me semble encore plus important que tout le reste. Votre petite fille.
La souffrance au travail à la Mairie de Paris est une réalité, harcèlement moral et suicides un bilan catastrophique, là aussi ceux qui osent se plaindre endurent le plus souvent des représailles de leur hiérarchie (menaces, déplacements d’offices, sanctions déguisées), certains représentants syndicaux d’un syndicat maison sont complices et acheter par de petites promotions pour étouffer ces affaires.
Un syndicat demande une médecine indépendante.
Encore un suicide à la Mairie de Paris, une femme qui a rédigé un courrier dénonçant ces conditions de travail!!!
Médiatisation, dénonciation, listing, voila de belles manières qui nuisent très clairement aux entreprises françaises. Loin de moi de vouloir devenir le porte-parole du Medef, mais force est de constater que la forme est plus que limite en terme d'éthique. Et qu'en est-il du stress des patrons soumis à la publication de la liste de la lutte contre le stress en entreprises ? Ne parlons surtout pas de résultats : avoir son entreprise sur la liste verte empêchera-t-il un salarié de se suicider ?