La lettre imaginaire d'un Président imaginaire à ses collaborateurs
Par Jean-Louis le mois de septembre 2007, - Actualités - Lien permanent
Chères collaboratrices, Chers collaborateurs
Je souhaite vous parler de l'avenir de nos salariés. Cet avenir, il est entre les mains de chacun d'entre vous qui avez en charge de former, de guider, d’accompagner ces esprits et ces sensibilités qui peuvent encore se développer, qui se cherchent, qui veulent donner du sens à leur quotidien, qui n'ont pas atteint leur pleine maturité, car nous le savons l’Homme est toute sa vie en apprentissage,
Vous avez la responsabilité d'accompagner l'épanouissement de leurs aptitudes intellectuelles, de leur sens moral, tout au long de leur parcours dans votre équipe. Cette responsabilité est l'une des plus lourdes mais aussi des plus belles et des plus gratifiantes.
Aider l'intelligence, la sensibilité à s'épanouir, à trouver leur chemin, quoi de plus grand et de plus beau en effet ? Mais quoi de plus difficile aussi ? Car à côté de la fierté de voir le collaborateur grandir, son caractère et son jugement s'affirmer, à côté du bonheur de transmettre ce que chacun a le sentiment d'avoir de plus précieux en lui, il y a toujours cette crainte de se tromper, de brider un talent, de freiner un élan, d'être trop indulgent ou trop sévère, de ne pas comprendre ce que l’Homme porte au plus profond de lui-même, ce qu'il éprouve, ce qu'il est capable d'accomplir.
Manager c'est chercher à concilier deux mouvements contraires : celui qui porte à accompagner chaque collaborateur à être reconnu dans sa personne, son identité, ses forces et ses faiblesses et celui qui pousse à exiger de la part de ce collaborateur qu’il produise de la performance, savant mélange de compétences et de motivation.
Une exigence s'impose au manager face au collaborateur qui grandit, celle de ne pas étouffer sa personnalité sans renoncer à l’accompagner. Chaque être Humain a sa manière à lui d'être, de penser, de sentir. Il doit pouvoir l'exprimer. Mais il doit aussi apprendre.
Trop souvent encore, le management néglige la personnalité du collaborateur. L’hyper exigence est placée au-dessus de tout. L’épanouissement personnel de chaque collaborateur, condition impérative pour sa nécessaire implication dans son entreprise est souvent reléguée au 2ème rang derrière la somme des exigences : actionnaires, dirigeant, clients, marchés boursiers…
Beaucoup de salariés en souffrent. Ce n'était pas parce qu'ils manquent de talent, ni parce qu'ils sont incapables d'apprendre et de comprendre mais parce que leur sensibilité, leur intelligence, leur caractère se trouvent mal à l'aise dans le cadre unique que l'on voudrait imposer à tous. La rentabilité.
Par une sorte de réaction, depuis quelques décennies, nous assistons progressivement à une désimplication et à un désengagement des salariés, cadres compris.
Jadis il y avait sans doute dans le management trop de relationnel et pas assez d’exigences. Désormais il y a peut-être trop d’exigences et plus assez de relationnel. Jadis l’éducation de nos anciens valorisait trop la transmission du savoir et des valeurs.
Désormais, au contraire, on ne la valorise plus assez.
L'autorité des managers s'en est trouvée ébranlée.
Celle des institutions et des organisations professionnelles aussi.
La culture commune qui se transmettait de génération en génération tout en s'enrichissant de l'apport de chacune d'entre elles s'est effritée au point qu'il est plus difficile de se parler et de se comprendre.
Le désengagement des salariés a atteint des niveaux qui ne sont pas acceptables.
L'inégalité devant le savoir et devant la culture s'est accrue, alors même que la société de la connaissance imposait partout dans le monde sa logique, ses critères, ses exigences. Les chances de promotion sociale se sont réduites. On parle souvent de panne de l’ascenseur social.
Il serait vain pourtant de chercher à ressusciter un âge d'or du management, de la culture, du savoir qui n'a jamais existé. Chaque époque suscite des attentes qui lui sont propres.
Nous ne referons pas l’entreprise des 30 glorieuses (1945(1975), Ce qui nous incombe c'est de relever le défi de l'économie de la connaissance et de la révolution de l'information.
Ce que nous devons faire c'est poser les principes du management du XXI ème siècle qui ne peuvent pas se satisfaire des principes d'hier et pas d'avantage de ceux d'avant-hier.
Que voulons-nous que deviennent nos collaborateurs ? Des femmes et des hommes libres, curieux de ce qui est beau et de ce qui est grand, ayant du coeur et de l'esprit, capables d'aimer, de penser par eux-mêmes, d'aller vers les autres, de s'ouvrir à eux, capables aussi d'acquérir un métier et de vivre de leur travail et de faire progresser leur entreprise.
Notre rôle n'est pas d'aider nos collaborateurs à rester des exécutants, ni même à devenir de supers collaborateurs, mais de les aider à devenir ce qu’ils sont, à devenir des citoyens de l’entreprise. Nous devons tous être des référents.
Manager c'est difficile. Souvent il faut recommencer pour parvenir au but. Il ne faut jamais se décourager. Ne jamais craindre d'insister. Il y a chez chaque Humain un potentiel qui ne demande qu'à être exploité.
Chaque être humain a une forme d'intelligence qui ne demande qu'à être développée. Il faut les chercher. Il faut les comprendre. Tout autant qu'une exigence vis-à-vis du collaborateur, Le management est une exigence du manager vis-à-vis de lui-même.
Le but n'est ni de se contenter d'un minimum fixé à l'avance, ni de submerger le collaborateur sous une exigence de plus en plus croissante. Le but c'est de s'efforcer de donner à chacun le sens de l’action, de découvrir ce qui le pousse à venir chaque jour et de faire de son environnement professionnel un lieu d’épanouissement en poussant chez lui le plus loin possible son goût d'apprendre, sa curiosité, son ouverture d'esprit, sons sens de l'effort. L'estime de soi doit être le principal ressort de ce management.
Donner à chacun de nos collaborateurs, à chaque salarié de notre entreprise, de notre collectivité, l'estime de lui-même en lui faisant découvrir qu'il a des talents qui le rendent capable d'accomplir ce qu'il n'aurait pas cru de lui même pouvoir accomplir : telle est à mes yeux la philosophie qui doit sous-tendre la refondation de notre projet managérial.
Nous devons à nos collaborateurs la même estime et le même respect que nous attendons d'eux. Cette estime et ce respect que nous leur devons exigent que nos relations avec eux ne soient empreintes d'aucune forme de renoncement ni de démagogie. Parce que nous aimons et respectons nos collaborateurs, le management que nous leur donnons doit les élever et non les rabaisser. Parce que nous aimons et respectons nos collaborateurs nous ne pouvons pas accepter de renoncer à les manager ou à les exclure à la première difficulté rencontrée.
Parce que nous estimons et respectons nos collaborateurs nous avons le devoir de leur apprendre à être exigeants vis-à-vis d'eux-mêmes. Nous avons le devoir de leur apprendre que tout ne se vaut pas, que toute organisation sociale repose sur une hiérarchie des valeurs et des Hommes, que le collaborateur n'est pas l'égal du manager Nous avons le devoir de leur apprendre que nul ne peut vivre sans contrainte et qu'il ne peut y avoir de liberté sans règle.
Quels managers serions-nous si nous n'apprenions pas à nos collaborateurs à faire la différence entre ce qui est autorisé et ce qui est interdit? Quels managers serions-nous si nous n'étions pas capables de sanctionner nos collaborateurs quand ils commettent une faute ?
On ne manage pas sans rappeler à un collaborateur que s’il a des droits, il a aussi des devoirs. Un collaborateur n’est pas engagé par une organisation pour travailler, mais pour produire de la compétence et des résultats.
Récompenser le mérite, sanctionner la faute, cultiver l'admiration de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est vrai, de ce qui est profond, et la détestation de ce qui est mal, de ce qui est injuste, de ce qui est laid, de ce qui est petit, de ce qui est mensonger, de ce qui est superficiel, de ce qui est médiocre, voilà comment le manager rend service au collaborateur dont il a la charge et comment il lui exprime le mieux l’estime et le respect qu'il lui porte.
Le respect, justement, ce devrait être le fondement de tout management. Respect du manager vis-à-vis du collaborateur, des collaborateurs entre eux, respect du collaborateur pour le manager, du fournisseur pour ses clients et des clients pour le fournisseur, respect des autres et respect de soi-même, voilà ce que le management en complément de l'éducation doit produire. S'il n'y a plus assez de respect dans notre société c'est d'abord, j'en suis convaincu, un problème de management. Et c’est là ou le management peut pendant un temps se substituer à la carence éducative qui a pu avoir lieu
Je souhaite que nous reconstruisions un management du respect, Je souhaite que nos collaborateurs pratiquent la politesse, l'ouverture d'esprit, la tolérance, qui sont des formes du respect.
Je souhaite que chacun d'entre nous respecte le point de vue qui n'est pas le sien, la conviction qu'il ne partage pas, la croyance qui lui est étrangère, que l’on comprenne à quel point la différence, la contradiction, la critique loin d'être des obstacles à sa liberté sont au contraire des sources d'enrichissement personnel.
Etre bousculé dans ses habitudes de pensée, dans ses certitudes, être obligé d'aller vers l'autre, de s'ouvrir à ses arguments, à ses sentiments, de le prendre au sérieux est une incitation à s'interroger sur ses propres convictions, sur ses propres valeurs, à se remettre en cause, à faire un effort sur soi-même, donc à se dépasser.
C'est la raison pour laquelle nous devons conserver, et développer notre modèle d’entreprise citoyenne qui brasse toutes les origines, toutes les classes sociales, toutes les croyances, et qui s'impose de rester neutre face aux convictions religieuses, philosophiques ou politiques de chacun en les respectant toutes.
Mais l'apprentissage de la différence ne doit pas conduire à négliger la participation à une culture commune, à une identité collective, à une morale partagée. Manager c'est éveiller la conscience individuelle et la hausser par paliers jusqu'à la conscience universelle, c'est faire que chacun se sente une personne unique et en même temps partie prenante de l’entreprise toute entière. Entre les deux il y a quelque chose d'essentiel que nul management ne peut contourner.
Ce qu'il nous faut retrouver, c'est la cohérence du projet de l’entreprise. Retrouver une cohérence à l'intérieur de chaque service, mais aussi entre les services et avec les attentes de la société, retrouver un fil directeur dans le management, lui fixer des principes, des objectifs, des critères simples. Voilà ce que nous avons d'abord à faire. En même temps, il nous faut élever le niveau d'exigence, non pas en quantité mais en qualité.
Donner le maximum à chacun au lieu de se contenter de donner le minimum à tous. Voilà comment je souhaite que nous prenions désormais le problème du management de nos équipes
Cette refondation de notre management, elle ne pourra être accomplie qu'avec le concours de tous les managers Ma volonté ne peut suffire à elle seule. C'est pourquoi je m'adresse à vous.
Ce ne peut-être que l'oeuvre commune de tous les managers travaillant ensemble.
Chacun doit passer par-dessus ses préventions ou ses a priori pour remplir son devoir qui est d’accompagner nos collaborateurs dans l’expression de leurs compétences.
Je souhaite faire de la revalorisation du métier de manager l'une de mespriorités parce qu'il est le corollaire du progrès et du développement de notre entreprise. Des collaborateurs impliqués et motivés seront toujours plus productifs que des collaborateurs contraints et non reconnus. Mais vous devez, vous, managers et à tous les échelons vous montrer exemplaire. Exemplaire par votre comportement, par votre tenue, par votre rigueur, par votre esprit de justice, par votre implication.
Exemplaire aussi par votre capacité à faire prévaloir votre autorité, par votre souci de récompenser le mérite et de sanctionner la faute.
Et il s'agit d'être efficace non seulement pour atteindre un objectif économique, non seulement pour que demain notre entreprise dispose d'une main-d'oeuvre bien formée, mais aussi, et peut être surtout, pour que nos collaborateurs soient porteurs de nos valeurs sociétales pour qu'une certaine idée de la civilisation continue de vivre en eux.
Chacun d'entre vous, je le sais, mesure l'importance du défi que nous avons à relever. Chacun d'entre vous comprend que la révolution du savoir qui s'accomplit sous nos yeux ne nous laisse plus le temps pour repenser le sens même du mot management.
Chacun d'entre vous est conscient que face à la dureté des rapports sociaux, à l'angoisse devant un avenir de plus en plus vécu comme une menace, les entreprises ont besoin d’adopter de nouveaux fonctionnements qui n'adviendront qu’avec un management dont l’Humain est le centre. Il va nous falloir si nous voulons conserver la liberté d’entreprendre, si nous voulons que les salariés s’impliquent et s’engagent encore dans nos projets, si nous voulons que se développe l’entreprise de demain, une entreprise qui tout en garantissant pérennité, progrès, satisfaction des actionnaires, des clients, des fournisseurs, des institutions et bien sur des salariés nous nous décidions enfin à passer du verbe avoir au verbe Etre.
À nous de reprendre le fil qui court depuis l'humanisme de la Renaissance en passant par le débuts des grandes épopées industrielles, de la salutaire apparition des syndicats de la fin du XIX siècle jusqu’à l’émergence des nouvelles technologies ponctués par les splendides parcours de leaders économiques sans oublier les bienfaits du projet des Lumières. A nous de redonner du sens à la notion de métier
Le temps de la refondation est venu. C'est à cette refondation que je vous invite. Nous la conduirons ensemble. Nous avons déjà trop tardé.
André COLINAS Président
Commentaires
Cher confrère,
je me permets de noter l'importance d'une vision utopique et je crois que nous nous efforçons tous les jours de la rappeler à ceux qui veulent construire une entreprise performante dans la durée.
Je pense qu'il est important que cette vision ne soit pas non plus le fruit du hasard, mais en alignement avec les valeurs internes - qui définissent les comportements que doivent adopter les managers pour incarner et faire vivre - et externes, constitutives de la raison d'être de l'entreprise (liées aux clients) qui décident des choix stratégiques et de la manière de faire le métier.
Cette cohérence (vision, stratégie, identité) est identique chez l'individu (projet, plan d'action, points forts et axes de progrès).
j'ai lu cette lettre avec beaucoup de plaisir, mais en tant que collaborateur ou manager de cette entreprise, je me sentirais éloigné ou frustré, car cette prise de conscience ne se fera pas sans énergie, sans effort, et je ne vois pas de valorisation de ce qui est bien fait aujourd'hui mais uniquement une vision de ce qu'il fauit changer pour demain. Or, dans un contexte de changement ou d'évolution, le rationnel pèse 1 quand l'émotionel pèse 10, 100 ou 1000, et ce laïus me donne un sentiment d'injustice sur les efforts à produire, puisque je n'ai pas d'énergie additionnelle à y consacrer, et tout ce qui se recoit dans l'effort se fera dans l'effort avec un risque évident de qualité faible et de durée limitée.
Pour finir, face à ce chantier énorme qui nous attend pour modifier nos pratiques managériales, je commence par quelles priorités. Cet afflux d'informations me rajoute de la pression d'enjeu et génère une peur de ne pas y arriver, et n'est pas équilibrée par une pression sur le jeu qui génère aussi une peur, mais celle de ne pas savoir faire, sur quoi me concentrer en 1er.
je souhaitais compléter ton propos riche et complet, d'indicateurs qui m'ont manqué à certains moments de ma vie pour croire en cette vision utopique, qui liée à une identité de l'entreprise donnent du sens aux stratégies...de la cohérence entre intemporel, court terme et moyen terme, à condition qu'un mode de management permette de faire vivre l'ensemble.
Bonjour Eric
Je te rejoins quand tu dis que la lecture de cette lettre pourrait être frustrante à entendre.
La reconnaissance du quotidien se fait au quotidien. Demain ne peut efficacement se construire que si l'on reconnait "aujourd'hui" dans toutes ses dimensions (Succès et échecs) Célébrons les succès et tirons les leçons des échecs.
Quel est le 1er chantier sur lequel travailler, pour un manager dis-tu ? il me semble que c'est celui qui consiste à briser sa "chaine émotionnelle professionnelle" Je parle de la chaine au sens propre et symbolique du terme.
Celle-ci est souvent reliée au cadre de référence. Prendre de la distance et du recul. Intégrer dans ses comportements la relativisation des choses. Ne pas dépendre de ses "Drivers".
Trop de managers souffrent de trop de certitude sur leur environnement et par la même développent quand ils s'en aperçoivent une culture du doute négative. Cultivons le doute, oui, mais celui de la prudence, de la vigilance et non de l'inquiétude. Intégrons dans nos manières de voir les choses une culture positive du doute. La souffrance est une émotion. Si la vision du chantier me fait souffrir. C'est au fond de moi que se trouve les tenailles permettant de briser la chaine dont je parlais plus haut. Manager n'est ce pas intégrer un soupson d'introspection après tout ?
Les véritables enjeux, ceux qui valent le coup (coût ?) sont ceux qui relient entre eux l'ensemble des projets (Professionnel, personnel et visionnaire) Mais quels sont ceux qui ont formalisés leur(s) projet(s) ?
Vive le management par les sens et le(s) projets(s)