De la congruence dans la conduite du changement
Par Jean-Louis le mois de mars 2007, - Management - Lien permanent
Titulaire d'une maitrise en psychologie et d'une maitrise en administration publique, Raymond Vaillancourt œuvre au Québec principalement auprès d'entreprises privées et d'organisations publiques en processus de transformation. Il s'intéresse à l'utilisation de la théorie du chaos et de la complexité dans le management du changement. Manager pendant plusieurs années dans le domaine de la santé, il collabore avec plusieurs institutions (École Nationale d'administration Publique, Hautes Études Commerciales, École Nationale de Police du Québec) et a publié plusieurs articles tant au Québec qu'en France. Il est président de Prospect Gestion, une firme conseil en gestion stratégique et prospective et vient de faire paraitre, aux Presses de l'Université du Québec, "Le temps de l'incertitude : du changement personnel au changement organisationnel".
Une forme de lutte...
Il existe des conceptions différentes du changement. Une première conception
fait état du fait que le changement serait le résultat d'une lutte qui
émanerait de perceptions divergentes des contraintes et des opportunités.
Évidemment, l'issue de cette lutte aboutirait en un compromis dans lequel les
forces "gagnantes" prendraient plus de place que les forces "perdantes",
indépendamment de la justesse de perception de ces mêmes forces.
Dans certains cas, on assisterait à ce que l'on appelle le "changement dans la continuité", où finalement chacu se rallierait au fait qu'il faut que les choses aient l'air de changer pour que rien ne change ! Cette conception du changement fait valoir que c'est principalement l'insatisfaction qui pousserait au changement plutôt que le désir d'aller de l'avant.
...ou de pouvoir d'attraction
Une seconde conception fait valoir que le changement serait le résultat du
pouvoir d'attraction qu'exerceraient envers les individus certaines idées,
certaines tendances ou certaines attentes. Dans ces conditions, il ne servirait
à rien de mettre en œuvre une pression quelconque pour que le changement prenne
place mais, au contraire, il faudrait "tirer" les individus vers un objectif
mobilisateur.
L'organisation ou l'entreprise gagnerait, bien sûr, à ce que cet objectif soit issu de la vision du manager et de l'image que ce dernier présenterait de l'entreprise ou de l'organisation. On comprend alors que, dans ce cas, le changement serait la résultante du rapport entre le manager et ses employés.
Ce rapport serait fonction tout d'abord de la clarté de la vision dans l'esprit du manager et de sa capacité à la livrer en un tout cohérent, pragmatique et stimulant. Ce partage de la vision ne proviendrait pas de l'énoncé que pourrait en faire le manager, mais de la perception du degré de conviction du dit manager que les employés déduiraient de l'observation quotidienne et répétée des faits et gestes du manager. On parlerait alors de la congruence du leadership.
Ce rapport serait fonction également de l'inclusion de la vision professée par le manager dans une structure facilitante qui refléterait le caractère transitoire dans lequel tout changement actuel doit prendre place compte tenu du contexte d'incertitude et de turbulence auquel l'organisation est confrontée. En d'autres mots, tout en ayant libellé de façon générale l'image structurelle recherchée par l'organisation, on se réserverait la possibilité d'y introduire des modifications qui tiendraient compte de l'éventail des modifications possibles dans la dynamique tant interne qu'externe de l'entreprise ou de l'organisation. On toucherait alors à la congruence de la structure.
Ce rapport serait finalement fonction de la mise en œuvre d'un processus d'apprentissage continu qui supporte non seulement l'acquisition de connaissances mais aussi son transfert constant au sein de l'organisation et qui favorise en conséquence un droit à l'erreur à l'intérieur de limites propres à l'incarnation de la vision partagée. On fera alors référence à la congruence du cheminement organisationnel.
Conséquemment, les employés montreront une certaine ouverture au changement dans la mesure où ils jugeront que ce rapport leur apparait positif. La tâche de rendre ce rapport positif incombe, on le voit bien, au manager puisqu'il se retrouve en un rôle d'autorité et qu'il devient dès lors, en accord avec le philosophe Ricoeur, imputable non pas envers ceux qui lui ont délégué cette responsabilité mais vis-à-vis ceux envers qui il l'exerce, renversant ainsi l'habituelle façon de voir.
En conclusion...
On voit bien que la conduite du changement n'est pas un exercice linéaire qu'il
suffit de planifier adéquatement pour que toutes les étapes se déroulent
harmonieusement et que chaque élément prévu tombe au bon moment. Elle emprunte
davantage à l'image de l'escalade où le premier de cordée doit non seulement se
préoccuper de bien arrimer les crampons au rocher mais veiller à ce que chacun
de ceux qui le suivent (et qui ainsi dépendent de lui et de son jugement)
puisse franchir, à son rythme, les étapes qui conduiront la totalité de
l'équipe au sommet envisagé. Il n'est pas exclu qu'il doive redescendre pour
porter main forte à qui n'a pas encore l'assurance du grimpeur expérimenté,
l'encourager de ses paroles et lui rappeler ce qui l'attend au bout du
parcours.
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